EVITONS DE NOUS BLESSER AU YOGA !

Publié le Publié dans Rémy Mendelgwaig
Une posture peut être exigeante et sûre.

Se blesser en pratiquant le yoga n’est ni inéluctable, ni nécessaire.

Se blesser en pratiquant le yoga est contraire à l’esprit du yoga.

 

 

 

 

Peut-on se blesser en pratiquant le yoga ?

Oui, bien que minime, ce risque existe bien. Il est préférable d’en être conscient pour mieux l’éviter.  Moi-même, je me suis blessé à deux reprises au début de ma pratique du yoga. Aujourd’hui je comprends mieux les circonstances dans lesquelles je me suis blessé. Je désire partager mon expérience avec mes élèves afin de leur permettre d’éviter cette étape dans leur développement personnel, étape douloureuse qui n’a rien de nécessaire et d’inéluctable.

Dans quelle mesure ce risque existe-t-il ?

Il y a peu de chiffres à ce sujet mais chacun d’entre nous dans les cercles du yoga a connaissance d’un ou deux cas de personnes qui se sont blessées au yoga.

Une enquête[1] menée en 2012 parmi 2,567 pratiquants en Australie pour le compte d’institutions universitaires médicales révèle que seuls 2.4% d’entre eux reportent s’être blessés dans leur pratique de yoga. C’est peu, c’est même très peu, en comparant à ce qui est reporté dans les différents domaines sportifs.

Le yoga est une activité relativement sûre !

Mais ce n’est pas une raison pour ne pas réfléchir à ce risque sérieusement, et tout faire pour éviter une blessure, quelle qu’elle soit.

Essayons de discerner les différents facteurs potentiels de malaise et de blessure. Comment s’y préparer pour les éviter ?

  • Examinons d’abord les cas de malaise provoqués par une mauvaise préparation à la séance. Dans de nombreuses postures de yoga (asanas) nous exerçons une forte pression sur les organes internes, en particulier ceux du ventre. Par ces postures nous compressons ces organes en les massant, puis nous les relâchons, ce qui amène un grand afflux de sang nouveau dans ces organes qui les oxygène, les débarrasse des toxines. Il est évident qu’il est malaisé d’accomplir ces postures si l’estomac n’est pas vide. Il n’y a pas de risque de blessure, mais le pratiquant risque de ressentir de la nausée, et même peut-être de vomir. Pour éviter tout inconfort et tout malaise il est conseillé de venir à une séance de yoga au moins 2 heures (chez certaines personnes 3 heures) après un repas léger.
  • La personne qui se présente à une séance de yoga devrait informer avant le début de la séance le professeur de tout problème médical dont elle souffre, en particulier si elle prend des médicaments. Si une femme a ses règles ou est enceinte il est également important d’en informer le professeur avant le début du cours. Dans tous ces cas il est peut-être préférable d’éviter certaines postures, ou d’en adapter d’autres, de façon à ce qu’elles conviennent aux besoins spécifiques de la personne.
  • Mais la plupart des blessures proviennent en général d’une toute autre direction. Quand nous nous blessons c’est souvent dû à notre « ego » (ahamkara). Lorsque nous voulons aller plus loin dans la posture que ce à quoi notre corps est prêt, c’est là que nous risquons de nous blesser. Dans ces moments notre ego nous pousse à être dans le « paraître » et non dans le « sentir » de notre corps. Nous dépassons alors, sans nous en rendre compte, notre limite. Le yoga procure, parmi toutes ses qualités, la capacité de découvrir son corps, de percevoir ses muscles, ses tendons, ses articulations. Par la pratique du yoga nous développons la conscientisation de notre corps, jusqu’à ses organes les plus intérieurs.
  • Comment discerner les signes qui nous préviennent que nous dépassons notre limite et que nous risquons de nous faire du mal ?
    • Le signe le plus évident est le signe de la douleur. Il faut bien sûr discerner entre la simple douleur que nous ressentons parfois lorsque nous activons, étirons un muscle, faisons jouer et pivoter une articulation, qui sont encore rigides, et d’autre part, la douleur qui nous sert d’alarme pour nous prévenir que nous allons provoquer une lésion dans notre corps. D’autres signes peuvent nous prévenir d’un danger imminent :
    • Lorsque certains muscles commencent à trembler nous comprenons que le corps nous envoie un avertissement clair pour nous dire que nous travaillons dans la force (ce qui va à l’encontre de l’esprit du yoga comme cela sera montré plus loin). La signification de ce tremblement est que nous forçons les muscles au-delà de leur limite en les crispant. Il est même préférable de ne pas accomplir en entier une âsana (posture en Sanskrit) plutôt que de la faire dans un effort exagéré.[2]
    • Si nous ressentons un étourdissement, si le cœur s’emballe, si nous perdons notre souffle, tous ces signaux nous préviennent que nous ne maintenons pas ce qui est le plus primordial au yoga : la respiration ! « La vie du yogi n’est pas mesurée par le nombre de ses jours mais par le nombre de ses respirations[3]». La respiration est le souffle de vie, l’élan vital nécessaire à la vie. C’est la respiration qui nous procure le lien entre le corporel et le mental, elle se trouve donc au cœur du yoga dans sa signification  en Sanskrit : lien, union, communion[4]. Tout au long d’une séance de yoga, pendant les âsanas (postures), en passant d’une âsana à une autre, nous devons maintenir à chaque moment un rythme régulier d’inspiration et d’expiration. Seule la respiration procure l’oxygène et le sang nécessaires aux parties du corps qui sont activées. La respiration calme le mental, relaxe le corps, et permet d’accomplir les âsanas sans effort, en douceur, dans le respect de son corps, en pleine conscience de ses limites et de ses capacités. C’est la respiration qui nous permet de décrisper la partie du corps qui est engagée. Les blessures risquent de se produire lorsque nous travaillons dans la crispation. Une respiration régulière, rythmée par une inspiration et une expiration de même longueur, détend les muscles crispés et les protège.
    • Cependant le contrôle de la respiration procure parfois beaucoup plus que cela. Une respiration correcte telle qu’elle est décrite par Sri K. Pattabhi Jois[5]ouvre la voie vers un contrôle de notre mental: « En contrôlant la respiration par l’exhalation, l’inspiration, et la rétention, nous sommes capables de diriger l’esprit dans une seule direction. » Cette concentration de l’esprit peut être dirigée à des fins thérapeutiques, mais également pour amplifier notre développement personnel.

 

Pratiquons le yoga en toute sécurité sur un cheminement  d’être en devenir afin de renforcer notre bien-être corporel et mental.

 

 

 

[1] International Journal of Yoga · July 2012, Yoga in Australia: Results of a national survey, Stephen Penman, Marc Cohen, Philip Stevens1, Sue Jackson2 Department of Complementary Medicine, School of Health Sciences, RMIT University, Melbourne, VIC, 1 Swan Research Institute Inc, NSW, 2 School of Human Movement Studies, University of Queensland, QLD, Australia, “Yoga‑related injuries occurring under supervision in the previous 12 months were low at 2.4% of respondents.”

[2] André Van Lysbeth, Encyclopédie, “Mais l’adepte du yoga acceptera de ne pas réussir l’âsana plutôt que de l’effectuer au prix d’un effort musculaire trop important ».

[3] BKS Iyengar, Light on Yoga: “The yogi’s life is not measured by the number of his days but by the number of his breaths.”

[4] BKS Iyengar, Light on Yoga: “The word yoga is derived from the Sanskrit root yuj meaning to bind, join, attach and yoke, to direct and concentrate one’s attention on, to use and apply. It also means union or communion.”

[5] Sri K. Pattabhi Jois, Yoga Mala: « By controlling the breath through the process of rechaka (exhalation), puraka (inhalation), and kumbhaka (breath retention), it becomes possible to establish the mind in a single direction.”